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Urbanisation incontrôlée au Niger : Niamey face aux caprices du changement climatique

Tinni Younoussa Habitant de Niamey

Niamey s’agrandit vite ! Le rythme de sa croissance suppose l’occupation de l’espace par l’homme pour son abri. La satisfaction de ces besoins passe nécessairement par l’anéantissement des espèces végétales et fauniques pourtant indispensables pour la vie humaine. Des actions qui ont des conséquences sur la couche d’ozone et induit ainsi un impact sur le changement climatique.

Galopante ou normale ? L’urbanisation a un coût mais surtout un prix. De cette occupation spatiale, pas du tout harmonieuse encore moins cohérente, le cadre de vie en pâtit. « Les champs qui jadis nourrissaient la population ne seront plus encore exploités parce que c’est devenu des parcelles puisqu’ils seront bornés…c’est une perte pour toute la population, tant les agriculteurs que ceux qui pensent qu’ils sont en pleine ville en tant que citadins ; il n’y aura pas production, il y aura cherté de la vie », alerte Tinni Younoussa, architecte urbaniste.


En plus, justifie-t-il : « … les arbres seront tous abattus puisque c’est démontré que dès qu’il y a des bornes, les gens abattent tous les arbres naturels qui sont dans la nature pour soit les transformer en bois de chauffe ou bien en charbon combustible ». L’architecte urbaniste ajoute : «Qui dit abatage des arbres, dit boulevard pour la désertification. Donc, vous créez tout de suite un boulevard pour la désertification qui ne fait que gagner tout le Sahel. Qui dit urbanisation, dit peuplement ; ça aussi pollue la nappe phréatique »
Dans la même logique, il soutient : « S’il y a une densification avec les eaux des fosses et autres, ça pollue la nappe phréatique et la concentration dégage assez de gaz carbonique (CO2) qui va polluer l’atmosphère ; qui pollue l’atmosphère, dit jusqu’à la couche d’ozone, d’où le changement climatique dont on parle et qui ne cesse de, chaque fois, nous montrer ses caprices ».

Tinni Younoussa est remonté. Habitant de Niamey, il semble ne pas pardonner la descente aux enfers de cette capitale jadis verdoyante et arborée réduite dans sa nudité. Ils sont des milliers d’autochtones et ceux qui en ont encore la nostalgie qui se souviennent de l’ancienne ville joliment coupée en deux par la vallée de Gountyéna.

En cause, l’urbanisation faite de façon quasi anarchique. Il déplore que « A Niamey, c’est que l’État, à travers bien sûr ses services concernés, qui donne en concession l’aménagement de la ville à des sociétés immobilières qui en ont fait leur business, peu importe l’agrandissement et l’augmentation de la population. C’est la production en termes de parcelles pour vendre qui les intéresse. Ce qui fait que, aujourd’hui, si on essaie de faire les ratios, les densités, on se rend compte que l’espace borné ou bien loti sur papier, peut faire deux fois l’espace occupé actuellement par la population de Niamey ».
Mauvaise gestion des espaces ! La zone lotie est deux fois plus grande que la zone habitée, indique-t-il. En tout cas, l’option du silence des autorités municipales, environnementales et une agence immobilière approchées sur la question nous laisse sur notre soif et fait entretenir le flou.
Et tout emporte avec lui l’espace vert. La première victime aujourd’hui reste la vallée de Gountyéna, poumon vert au milieu de la ville, fait d’arbres, d’arbustes et d’eaux, qui « nous donnait de l’oxygène », se rappelle encore un riverain pris aux alentours de son jardin. Moussa Hassane Saley est jardinier sur le site de Gountyéna depuis 15 ans. Lui a plutôt des problèmes avec la digue qui fait pousser des espèces occupant le terrain où poussent ses légumes, salade, choux, tomates, courges, feuilles…, et fait stagné l’eau utilisée sur son lopin de terre. Les conséquences, il les voit sur sa production qui chute. Il reconnaît aussi que « nous nous sommes retrouvés avec des petits espaces ».
De Gountyéna, il ne reste que le nom et l’histoire pour ceux qui en ont besoin. L’action de l’homme en quête d’infrastructures a eu raison de cette vallée jadis verdoyante. « La vallée Gountyéna était minéralisée, symbolisait et incarnait à la fois la beauté naturelle et l’écologie. Le poumon vert qui divise Niamey en deux parties, précise l’architecte urbaniste. « Cette vallée de Gountyéna était verte et il y avait même des écoulements de l’eau douce naturelle. C’était vraiment beau et agréable », raconte-t-il. On l’a transformée pour mettre du béton. On a détruit les arbres pour faire que des bâtisses alors que c’est les premières autorités, les pères de l’indépendance, qui l’ont pensé ainsi. Elles l’ont laissée pour son caractère écologique pour que ça serve de poumon mais malheureusement c’est détruit aujourd’hui », déploré Tinni Younoussa.
« Tout cela a causé la perte de nombreux jardiniers qui vivent de ces activités. Si cet espace vert avait été préservé et amélioré, il aurait pu contribuer à ravitailler les populations environnantes. Si les efforts étaient concentrés pour mettre en place une véritable politique verte, nous pourrions nous auto-suffire. En tout cas, pour beaucoup de produits maraîchers, nous n’aurions pas eu besoin que d’autres pays nous ravitaillent », appuie Moussa, jardinier trouvé sur le site.


Les accusations sont légion. La ville de Niamey semble meurtrie aujourd’hui. L’aménagement de la capitale ne se fait pas dans les règles de l’art. Dans le viseur, il y a l’autorité centrale, la municipalité, les agences immobilières. « Tout celui qui parle de l’urbanisation à Niamey, c’est qu’il y a une mauvaise gestion tant de la part des autorités centrales des ministères qu’au niveau des autorités municipales ou les autorités locales, les mairies », souligne Tinni Younoussa, architecte urbaniste. « Pourtant, l’aménagement des villes incombe au ministère de l’Urbanisme en question et aux mairies qui ont concédé des agréments à des agences immobilières et regarde faire ». « Et tant pis pour l’anarchie! « On a donné de l’agrément aux agences immobilières pour faire des lotissements et qui normalement doivent le faire sous le regard de l’administration mais malheureusement ce n’est pas ce qui est fait ».

C’est une mauvaise gestion », charge-t-il. « Il y a un laxisme au niveau central. Il n’y a pas de suivi, dénonce architecte urbaniste. Du moment où le ministère est là, on suppose que tous les services sont là. « Au niveau des mairies aussi, on se contente de la vente des actes de cession, on ferme les yeux, sur chaque projet de lotissement, sur chaque acte, la mairie a une somme qu’on lui en verse », affirme Mr Tinni.
« Les agences immobilières ne respectent pas les règles d’aménagement parce que pour faire un aménagement ou un lotissement, il faut accomplir tous les mécanismes », déclare l’architecte urbaniste. Il énumère notamment le terrain sans aucune ambiguïté, c’est-à-dire sans litige foncier, le viabiliser qui suppose enlever tout ce qui est détritus, faire la voirie, c’est-à-dire tracer les voies primaires, les bitumées, les voies secondaires, pavées ou latérites et les voies tertiaires aussi, les aménager en latérite et faire des caniveaux pour drainer les eaux fluviales et en plus de cela amener des services d’accompagnement qui sont l’électricité et l’eau. Comme conséquence, la production de plus de parcelles et le profit prime sur la conservation de certains patrimoines. Et le résultat est là.

A propos de la vallée de Gountyéna, l’architecte urbaniste Tinni est catégorique. Sa colère monte. « Ça n’a pas été réfléchi profondément », martèle-t-il.
L’une des villes les plus boisées de la sous-région, Niamey reste aujourd’hui l’image déserte d’elle-même. « Nous avions une ceinture que les premières autorités ont pensée et créée pour protéger encore la ville de Niamey contre les vents violents. Ce qui faisait que Niamey était vraiment à l’époque l’une des villes les plus boisées même de la sous-région mais malheureusement le processus et le phénomène d’urbanisation, la densification de la population à l’intérieur a fait que et la ceinture et le poumon vert, tous ces éléments ont été dévorés, ont été en tout cas détruits par l’action de l’homme », accuse-t-il.
« L’urbanisation devrait se faire en fonction de peuplement, de l’agrandissement de la population. Plus la population s’accroît, plus il y a l’occupation spatiale des terrains », suggère-t-il. L’aménagement, dans tous les cas, normalement est l’apanage des autorités, soit municipales ou centrales. « Pour que nous puissions profiter de la verdure, les espaces verts, il faut qu’il y ait une politique verte en tenant compte, c’est-à-dire dans la planification des choses, il faut tenir compte de la place de la verdure. Il faut qu’ils connaissent, eux-mêmes, les bienfaits de la verdure. C’est l’homme qui l’a détruit, donc l’homme doit changer de mentalité en reproduisant », estime Tinni Younoussa. Cette idée est partagée par Hassane Saley, jardinier. « Les autorités en charge de l’environnement doivent se concerter avec les acteurs concernés afin d’asseoir une véritable politique nationale d’espace vert, la survie des espaces verts, des arbres et leur sauvegarde », appuie-t-il.
En clair, une conjugaison de synergie s’impose pour sauver la vie de ce qui nous donne la vie. Aux municipalités, l’architecte urbaniste invite plus à la sensibilisation des populations pour un changement de mentalité. « Personne ne pourra réussir sans l’ensemble. En tant que maire, c’est de mener des démarches participatives, aller vers la population, les sensibiliser sur les bienfaits de ce que c’est que le vert, c’est quoi un arbre.
« Le Sahélien est un peuple de cérémonie. En lieu et place des bâches qui, à midi, à l’intérieur il fera 40°C, 50°C, il faut des arbres qui donnent l’ombre. Il faut les amener à planter plus d’arbres. Pour chaque maison construite, si la personne peut planter un arbre, c’est déjà bien », illustre-t-il. Et en donnant la vie aux arbres, on se donne vie à soi-même puisque d’eux provient l’oxygène que nous consommons.

Mamane Abdou & Korka Maiama

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