Pour répondre à la problématique de l’éducation pour tous, le ministère de l’Éducation nationale (MEN), en collaboration avec les partenaires, a mis un Projet d’Éducation inclusive en 2006. Ce projet a pour objectif principal la promotion de la scolarisation des enfants vulnérables au Niger, à travers la mise en place d’un dispositif d’inclusion scolaire en milieu ordinaire. Mme Moussa Souna Rahilatou membre fondateur de Murna Yara, Organisation non gouvernementale (ONG) qui œuvre depuis quelques années dans le domaine de l’éducation au Niger, est engagée dans ce combat. Elle-même en situation de handicap, semble aussi mieux placée pour le porter.
Mariée et mère de deux enfants, elle raconte les différentes étapes du concept de l’éducation inclusive au Niger. « L’éducation des enfants handicapés en général au Niger surtout des sourds et mal voyants a commencé entre 1999 avec la création de l’école des aveugles du Niger et 1981 avec la création de l’école Hassan Banaba qui est l’école des sourds, ce qui a donné la création des écoles spécialisées », narre dame Rahilatou. Elle ajoute : « Après l’éducation spécialisée, il y a eu l’expérimentation de l’éducation intégratrice ». Avec cette forme d’intégration explique cette activiste de l’ONG Murna Yara, on crée une classe à part au sein d’un établissement où l’enfant handicapé, c’est-à-dire sourd, muet, aveugle ou déficient intellectuel, après trois ans, est intégré dans la même classe que les enfants non handicapés à partir du niveau CE1 ou CE2. Toutefois, ces formes d’éducation, que ce soit spécialisée et intégratrice, coûtent très chères et ont des conséquences négatives au plan psychologique, estime Mme Moussa Souna.
Sourires aux lèvres qu’elle trouve grâce à la prévoyance de ses parents qui l’ont inscrite à l’école, Mme Rahilatou est le pur produit de cette éducation inclusive. Sur le terrain, elle allie sa situation, son niveau scolaire et sa propre expérience pour sensibiliser les parents de ces enfants à besoins spécifiques. « Rien pour nous, sans nous et avec nous », martèle-t-elle. « Avec ma situation de handicap, mes parents m’ont donné l’opportunité d’étudier. Aujourd’hui, j’ai un master II en communication et je suis coordonnatrice d’un programme pour tout le Niger que je suis en train de piloter. Si mes parents ne m’avaient pas mise à l’école, je ne serai pas là », se réjouit-elle.
En 2008 le ministère de l’Education nationale (MEN) introduit l’éducation inclusive, en collaboration avec Handicap International, la Fédération des personnes handicapées du Niger (FPHN) et certaines ONGs qui militent dans le domaine, après trois ans d’expérimentation avec les classes pilotes dans cinq établissements de Niamey, indique Mme Rahilatou. Elle lance un appel à l’Etat à créer, à présent, les conditions de mise en œuvre effective de l’éducation inclusive « car dans les zones rurales il reste encore beaucoup à faire » justifie-t-elle. L’ONG Murna Yara a doté, dans le cadre de ses activités, plusieurs établissements en appareils didactiques, explique-t-elle.
Selon Rahilatou, le handicap ne peut et ne doit en aucun cas être un frein à l’éducation d’un enfant, surtout pas une fille car c’est encore une deuxième vulnérabilité. Il y a plus de garçons handicapés à l’école que des filles, remarque-t-elle.
L’éducation inclusive permet aux autres enfants non handicapés de connaitre mieux les besoins spécifiques des enfants en situation de handicap ainsi que le brassage entre ces enfants, conclut-elle.
Korka Mariama

