Les Accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent un véritable problème de santé publique dans le monde. C’est une pandémie qui risque de toucher 23 millions d’ici 2030. Les AVC sont également la première cause d’handicap moteur, la deuxième cause de mortalité et la deuxième cause de démence. A l’occasion de la Journée mondiale des AVC, une grande conférence sur les AVC suivie d’une grande campagne de dépistage ont été organisé les 28 et les 29 Octobre à Niamey.L’ONG ALERTE AVC en collaboration avec le Programme National de Lutte Contre les Maladies Non Transmissibles ; L’OMS et L’ONG APBE.

Selon Dr Zakaria Mamadou, Neurologue, chef de service Neurologie à l’Hôpital général de référence de Niamey (HGR), par ailleurs président de l’ONG alerte AVC Niger, il en est ainsi, parce que chaque cinq secondes qui passe on a un AVC et environ 16 millions par an à travers le monde.
Il énumère les différents facteurs de risques des Accidents vasculaires cérébraux, classifiés en facteur non modifiable ou bien modifiables. « Les facteurs non modifiables sur lesquels nous, médecins, ne pouvons pas agir sont entre autres l’âge. Après 55 ans, on est très exposé à faire un AVC et cette exposition double à chaque décennie. Les sujets de sexe masculin sont les plus exposés à faire des maladies cardiovasculaires dont l’AVC que les sujets de sexe féminin. Mais cela va changer parce qu’après la ménopause, les risques deviennent les mêmes. Les sujets de race noire sont plus exposés à faire des Accidents vasculaires cérébraux que les sujets caucasiens », indique le Docteur.
S’agissant des facteurs modifiables, il cite l’hypertension artérielle, le diabète et le cholestérol, la sédentarité et aussi d’autres facteurs comportementaux surtout le tabac, l’alcool, la drogue, etc. Tous sont des facteurs qui, bien sûr, augmentent le risque des maladies cardiovasculaires dont les AVC.
Le Niger n’a pas des données sur le plan national. Toutefois, il existe quelques données sur le plan hospitalier. « Ces AVC constituent plus de 80% voire 90% des hospitalisations dans les services de neurologie de nos différents hôpitaux nationaux à Niamey. Mais aussi à l’intérieur du pays », estime le chef de service Neurologie à l’Hôpital Général de Référence de Niamey (l’HGRN).
De la prise en charge rapide et immédiate
Selon Dr Zakaria Mamadou, la prise en charge des AVC constitue une course contre la montre. Chaque minute qui passe après l’installation des symptômes c’est deux millions de neurones qui meurent dans le cerveau. Il précise que cette prise en charge doit être faite dans un délai qui est très étroit. « On estime à 4h 30 du début des symptômes. Ce qui veut dire que quelqu’un qui fait son déficit moteur à 16 h, on n’a que jusqu’à 20h 30 pour le sauver. Donc, on n’a pas le temps de prendre son vol pour aller en France au Maroc ou bien aux États Unis pour cette prise en charge. », Explique-t-il.
Il y’a deux types de traitement, le traitement de l’AVC. Le traitement Ischémique qui consiste à rapidement déboucher l’artère occluse par une série de traitements. Il y a le premier traitement appelé le ‘Thrombolyse intraveineuse’’ qui signifie le fait d’aller injecter un produit dans les veines qui va dissoudre ce caillot et permettre au sang de circuler afin de mieux oxygéner cette partie du cerveau est en souffrance et en occlusion. Par contre, pour le second traitement, assez récent depuis 2015, appelé la ‘’ thrombectomie mécanique ‘’, il s’agit d’aller des caillots de sang à travers les artères en passant par l’artère fémorale au niveau de laine et aller jusqu’au cerveau, aspirer ce caillot de sang et pour rebasculer cette artère bouchée.
Au Niger avant 2021 voire 2022, aucun de ces traitements n’existait. La prise en charge était vraiment très standard, mais actuellement depuis 2022 ,2023 confirme le président de l’ONG ALERTE AVC : « nous avons la possibilité de faire ce traitement qu’on appelle la thrombolyse intraveineuse, dans un hôpital publique. C’est disponible. Si le patient arrive à l’heure et qu’on arrive à faire l’imagerie cérébrale rapidement, nous pouvons désormais réaliser la thrombolyse intraveineuse. Ce traitement peut être administré au patient ». « Il s’agit d’un traitement qui coûte excessivement cher, estimé entre 600 à 800 000 CFA selon le poids du patient, poursuit Dr Zakari Mamadou qui reconnaît que ce n’est à la portée du citoyen lambda. Il plaide à l’endroit des autorités pour une subvention afin de le rendre ces produits disponibles à tout Nigérien qui sera soumis à ce traitement.
Avancées dans la prise en charge des Accidents vasculaires cérébraux
Plus de 100 agents de santé des hôpitaux nationaux de Niamey et de l’hôpital général de référence sont formés, donc prêts pour la prise en charge des AVC.
Ces agents sont constitués de l’ensemble des médecins des urgences de ces hôpitaux, des médecins de neurologie mais aussi des kinésithérapeutes, des infirmières formés pour la prise en charge à la phase hyper aiguë dès les premières minutes de l’AVC. Dr Zakari Mamadou a également rappelé la création des unités neurovasculaires qui sont des unités spécialisées dans la prise charge des AVC et qui donnent plus de chance de survie mais aussi de récupération aux patients.
Au niveau de l’hôpital général de référence, il existe une unité de soins intensifs neurovasculaires, financée par l’état nigérien et constituée de lits mais aussi de scopes des patients internés et pris en charge H24. « En plus, on a eu à faire cette thrombolyse, ce traitement cher et à faire dans un délai étroit, à huit patients parmi lesquels six ont été récupérés. Il y a eu un décès et un patient qui marche avec une canne », illustre-t-il. Il cite de même la disponibilité des produits thrombotiques pour la première fois au Niger dans un hôpital publique. C’est une grande avancée au Niger, sans compter la création du registre AVC Niger qui va permettre d’enregistrer, de connaître l’ensemble des patients victimes d’AVC afin d’étudier les différents profils des Accidents vasculaires cérébraux et savoir où se situe le problème, affirme-t-il. Un registre qui vise à orienter la politique de l’État afin de pouvoir cibler les zones sensibles et difficultés pour apporter son appui afin de diminuer le taux d’Accidents vasculaires cérébraux ainsi que la mortalité liée à cette pathologie.

« Nous avons eu à connaître deux types d’AVC, les Accidents vasculaires cérébraux ischémique et les Accidents vasculaires cérébraux hémorragiques. Les AVC ischémique, c’est une obstruction d’une artère donc le sang ne passe plus au cerveau. Les AVC hémorragiques c’est une destruction d’une artère qui va faire une masse sanguine au niveau du cerveau ». Avant d’assister à cette conférence, je n’ai pas vraiment de notion sur l’AVC. J’ai pu apprendre des affections tels que les AVC et j’ai pu avoir des notions vraiment sur l’AVC. », explique Ibrahim Aboubacar Alhassane étudiant en troisième année d’Études médicales à la FSS de Niamey, participant à la conférence tenu dans le cadre de la Journée mondiale AVC.
« Les AVC sont des affections qui touchent pas mal la population. C’est une maladie qui est plus destructrice que le paludisme, le VIH et autres. Cette conférence me permet en d’approfondir mes recherches et aussi en tant futur médecin de sauver pas mal de population en sensibilisant surtout par rapport à cette pathologie qui est l’AVC. », ajoute-t-il.
Appréciations et observations identiques de la part d’Issa Mahamane Mariama, étudiante en cinquième année de médecine à la Faculté des sciences de la santé, elle aussi venue se s’en imprégner. Elle, plutôt, voit le salut à travers la sensibilisation et retient surtout la prévention primaire qui consiste à sensibiliser les gens, pour leur dire, s’ils prennent déjà l’alcool ou le tabac d’arrêter parce que ce sont des facteurs de risques qui entraînent l’AVC ainsi que la consommation excessive du sel, de la graisse, du sucre, c’est-à-dire avoir une alimentation saine c’est-à-dire en consommant des fruits et des légumes, en raison de cinq fruits et légumes par jour.
Campagne de dépistage
La deuxième journée a été marquée par une campagne de dépistage volontaire des facteurs à risques des AVC au profit des populations. Selon Dr Zakaria Mamadou, responsable de l’ONG Alerte AVC, cette campagne fait partie des grandes lignes du programme national de lutte contre les maladies non transmissible à travers le ministère de la santé et également les autorités de notre pays dont le but est de détecter les différents facteurs de risques dont l’hypertension, le diabète le cholestérol d’autres facteurs. Elle va permettre de calculer le risque d’AVC individuel sur cinq ans et sur dix ans afin de mieux prévenir cette maladie. «On donne des conseils et on oriente ces volontaires qui se sont fait dépister vers des spécialistes pour qu’ils reçoivent un traitement adapté et optimal pour prévenir les maladies cardiovasculaires », indique Zakaria Mamadou.
Une occasion qu’ont saisie les populations. Devant une séance qui s’est donné comme objectif de dépister 100 personnes par jour, il a manifesté sa surprise. « On est surpris parce qu’on pensait avoir beaucoup moins de personnes. A une heure seulement de l’ouverture, on est à plus de trente 30 personnes. La population a répondu massivement et on va continuer jusqu’à la fin de la journée. On compte dépasser notre objectif, aller jusqu’à a 200 voire 300 personnes », déclare-t-il.
Hassane Amadou est agent à l’hôpital de Référence au niveau de l’administration. Âgé de 28 ans, il vient, pour la première fois, profiter de la séance de dépistage organisée à cette occasion afin de voir son état de santé. « je suis venu m enquérir de mon état de santé et voir la progression », avance-t-il. Selon lui, il affiche, pour le moment, un bon résultat, avec 0,83, donc en bonne santé mais les médecins l’ont conseillé de faire du sport car dans cinq il peut avoir 3,04 voire 8,10 dans dix ans. Il invite tous ceux qui n’ont fait le dépistage de venir le faire car ce test permet non seulement de connaître son statut mais aussi à prévenir.
Cette campagne de dépistage n’est pas la première du genre. En 13 mai 2023, à l’occasion de la journée de la femme nigérienne, une autre campagne a eu lieu au Palais des congrès de Niamey pour accompagner les femmes, rappelle Zakaria Mamadou qui indique que c’est la deuxième campagne en moins de six mois. Il rassure sur la poursuite de ces campagnes de dépistage de masse afin de détecter beaucoup de cas pour les orienter.
Toutefois, loin d’être une solution, cette campagne va plutôt aider à faire surtout le dépistage et la prévention primaire, reconnaît le responsable d’Alerte AVC.

