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Projet « Dans le silence des ondes » : Valoriser le temps du travail domestique et promouvoir l’autonomisation des femmes

intégration du temps de travail domestique dans le temps du travail des femmes

Dans le cadre du Projet « Dans le silence des ondes », l’ONG Forge Arts, a organisé, mardi 25 juillet 2023, sa deuxième rencontre bimensuelle, dans l’arrondissement communal Niamey II, au cours d’un cluster installé à cet effet. A cette occasion, Mme Aboubakri Nana Kadidjatou Abdou, point focal genre de l’ONG Forge Arts, a décliné les grands axes de ce projet, ses missions, les bénéficiaires de ses actions…, avec à la clé des témoignages à l’appui.

Elle a d’entrée de jeu expliqué que « Dans le silence des ondes » est un projet qui contribue à l’intégration du temps de travail domestique dans le temps du travail des femmes. « C’est un projet qui contribue beaucoup à la valorisation de temps du travail domestique et aussi à la promotion de l’autonomisation et la lutte contre les violences basées sur le genre et la protection des enfants et tout ce qu’il y a autour en tout cas en lien avec les valeurs du travail domestique », a-t-elle précisé.

Il s’agit à travers ce projet « d’éveiller la conscience de l’opinion publique, influencer l’opinion de la communauté sur le travail domestique. « Ce travail-là qui est comme une image liée à la femme. Ce travail qui est même vu comme une source d’exploitation ou d’abus des femmes. Ce travail qui est aussi une source de la non-scolarisation de beaucoup de femmes, de beaucoup de filles et aussi source de beaucoup de violences et de conflits dans les foyers », a-t-elle ajouté.
Selon Mme Aboubakri, ce projet touche à beaucoup de thématiques puisque c’est le travail domestique qui est le pilier de la sécurité, de la santé et aussi du bien-être de la femme. « Quand la famille se porte bien, c’est la société qui se porte bien. Et quand la société se porte bien, il y a beaucoup d’impact sur l’autonomisation, l’économie, la politique et même le bien-être social », a-t-elle estimé.

Le projet « Dans le silence des ondes » a trois bénéficiaires : les femmes domestiques dont le travail n’est pas valorisé, payées à 10.00F; à 5000F …alors que le SMIG avoisine un peu moins de 40.000FCFA.
Le point focal genre de l’ONG Forge Arts a ensuite cité les femmes actives, travaillant au quotidien dans les bureaux, dans les marchés, qui une fois à la maison, s’adonnent au travail domestique, devenu une charge pour elles.

Elle a enfin évoqué les femmes au foyer, diplômées sans emploi dont le travail domestique a fait en sorte qu’elles sont restées à la maison sans rien faire ainsi que d’autres, qui par manque de diplômes ; n’ont rien et travaillent le jour et la nuit et sont les dernières à se coucher mais qui pensent qu’elles ne font rien parce que pour elles, ce n’est rien; or c’est tout. « C’est tout ce poids-là qui est là qui l’empêche de s’épanouir, d’aller de l’avant et peut-être qui est même la source de beaucoup de leurs maladies », a-t-elle expliqué.

Mme Ousmane Oumalhair, avec sa Licence en sociologie, est dans ce cas de figure. Depuis qu’elle a constaté que les travailleuses domestiques ne mettent plus sérieux et maltraitent même les enfants, elle a décidé de faire tout dans son foyer. Son témoignage est assez révélateur de tout ce que les femmes de son genre endurent aussi au quotidien, des journées longues et surchargées. « Ma journée commence après la prière de Fajr (c’est-à-dire l’aube). Après la prière de Fajr, je sors ; s’il y a école, je fais le petit déjeuner pour les enfants et le déjeuner parce que mes enfants ne mangent pas à la cantine. Après ça, je fais la vaisselle. Après la vaisselle, j’enchaîne avec la cuisine, pardon je fais le ménage. Je fais toutes les chambres. Je fais tout. Après, j’enchaîne avec la cuisine. Après la cuisine, encore je fais la vaisselle. Les ustensiles que j’ai utilisés, je les lave d’abord et après ça je lave les enfants. Après, j’enchaîne avec la lessive. Après la lessive, parfois je finis vers 14h, juste le temps de prier. Je finis de prier, j’enchaîne avec les travaux du soir. Je fais la cuisine encore, la vaisselle encore. Ma journée finit vers 19h ou 20h parfois. Parfois, le peu de temps que j’ai, c’est pour plier les habits-là que j’ai lavés et les ranger », a-t-elle avoué.

Le projet « Dans le silence des ondes » travaille avec 25 groupements de femmes à travers les cinq communes de Niamey qui sont réunies en un cluster. Ce cluster vise à regrouper les femmes en vue de discuter des valeurs du travail domestique et comment elles peuvent rehausser leur autonomie et protéger leurs droits, a indiqué Mme Aboubakri Nana Kadidjatou Abdou, qui a déclaré que ce projet étalé sur deux ans est à 30% d’exécution seulement.
Et le cluster désigne « le regroupement d’une trentaine de groupements féminins qui sont dans la Ville de Niamey, dans les cinq arrondissements… .Ce cluster a été créé grâce à la vigilance de Forge Arts », a soutenu Mme Souley Mariama Gambo, présidente du cluster Forge Arts, qui a précisé que « l’objet de la création du cluster, c’est le projet « Dans le silence des ondes » qui signifie tout simplement les travaux domestiques que les femmes font qui ne sont pas considérés ni dans les foyers, ni par les responsables des foyers, ni par n’importe qui au Niger ».

« Aujourd’hui, nous sommes à la Commune II, dans le Groupement Bounkasa I pour sensibiliser non seulement les membres du Groupement Bounkasa I mais aussi les femmes du quartier à propos de cette actualité… ».
Selon Mme Aboubakri, le projet « Dans le silence des ondes » mène ses activités depuis janvier 2023, dans les cinq communes de Niamey, notamment des ateliers d’apprentissage de gestion du temps dans les préparations, la cuisine, le ménage ou l’entretien de la maison. Il a aussi mené, avec l’appui du Lasdel, une étude qui reste à compléter et dont les résultats restent encore à être publiés pour analyser et mesurer le poids du travail domestique dans le développement de la femme, son temps de travail …. « Il y a un impact grave sur le développement sanitaire, économique, politique de la femme », a-t-elle soupiré.
Elle a indiqué la tenue, entre août et septembre prochains, d’un « concept de théâtre; qui jumelle le théâtre et l’aspect technique; qui va tourner dans les cinq communes de Niamey pour pouvoir collecter assez de données ». Une occasion qui servira également à « présenter le premier draft de l’étude qui est validée et aussi reprendre certaines recommandations avant de faire une restitution de cette étude de façon publique », a-t-elle conclu.

Abdou Mamane

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