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Travail domestique : Source d’exploitation des femmes et de violences dans les foyers

ONG Forge Arts

Au Niger le travail domestique concerne toutes les catégories de femmes. Pour l’ONG Forge Arts, les préjugés à l’égard de la femme nigérienne et les pesanteurs sociaux culturels l’empêchent d’accéder à son autonomisation. Son image est associée au travail domestique, qui n’est ni reconnu ni valorisé par les hommes et les femmes elles-mêmes. Ce travail est même vu comme une source d’exploitation ou d’abus des femmes.Une source de la non-scolarisation de jeunes filles et aussi de violences et de tensions dans les foyers, selon toujours l’ONG. A l’occasion des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le genre, Les Voix Du Niger à travers une enquête exclusive diligentée par Forge Arts a réalisé un reportage qui met en lumière l’impact physique, économique et socio-psychologique du travail domestique sur la femme au Niger.

Selon le sociologue Dr Ali Soumana, le travail domestique est un sujet à la fois sensible et tabou, un phénomène qu’on peut retrouver dans toutes les sociétés, qu’elle soit européenne, asiatique ou africaine. Il précise que ce travail peut être salarié ou non, c’est le fruit d’une socialisation et donc d’un concept fort en sociologie. Ce concept est une préoccupation social ancestral qui aujourd’hui est actualisé au regard de la place qu’occupe le travail domestique dans la société nigérienne actuelle.

Dès le bas âge les enfants sont confrontés à une forme de discrimination qui fait que les filles sont orientées vers les tâches ménagères et les glaçons pas, ils peuvent aller jouer ou s’asseoir à la fada, indique nôtre sociologue. Au Niger, le travail domestique est collé à l’image de la femme, il est destiné exclusivement à la femme, ajoutent les responsables de ONG SOS Femmes Enfants Victimes de violences Familiales FEVVF, et FORGE et ARTS.

Pour la présidente de SOS FEVVF, le travail domestique en général exécuté par les femmes n’est pas du tout valorisé. Le sociologue Dr Ali Soumana lui complète qu’il est mieux reconnu quand il est exercé par un homme, ce dernier précise-t-il est mieux rémunéré que la femme : « le travail domestique exercé par un homme a plus de valeur aux yeux des personnes ». Pour tous ces acteurs, il y a donc un manque de prise de conscience de la part de la société de façon générale et des femmes en particulier, pour reconnaître l’importance de ce travail domestique.

Toutefois, des efforts sont déployés par l’ONG Forge Arts afin de valoriser le travail domestique et, combattre les inégalités et cette discrimination faite dans ce cadre. A travers son projet dénommé ‘’Dans le silence des ondes ‘’, les responsables de Forge Arts ont mené plusieurs activités de sensibilisations dans le but d’un changement de comportement de la société. « Le premier objectif est de contribuer à la valorisation du travail domestique pour la lutte contre les violences basées sur le genre d’une part et d’autre part intégrer également la question de l’enfance. Puisqu’on a vu que beaucoup d’enfants sont aussi impliqués, et que les femmes, toutes catégories confondues se retrouvent dans cette situation », souligne le point focal genre de l’ONG Forge Arts, Mme Aboubakri Nana Kadidjatou Abdou.

En plus de son caractère discriminatoire, le travail domestique épuise beaucoup ces femmes qui associent vie active et professionnelle aux tâches ménagères. Pour celles qui sont salariées, communément appelées gonzé, témoigne la présidente de l’ONG SOS Femmes Enfants Victimes de violences Familiales FEVVF, elles sont nombreuses à subir des violences de toutes sortes. «Elles subissent le harcèlement sexuel, elles sont également victimes de viol et sont souvent battues par leurs patrons qui refusent même parfois de les payer à la fin du mois ». Pour les femmes aux foyers actives et non actives, le travail domestique est source de conflits et de violences. Selon ces différents acteurs, les tâches ménagères constituent un poids qui freine la femme dans son autonomisation et l’empêche d’émerger dans le cadre socio-professionnel.

« Une femme qui travaille est obligée de s’acquitter des tâches ménagères avant son départ et une fois de retour du boulot», nous dira Dr Ali Soumana. Mme Aboubakri Nana Kadidjatou Abdou renchérie en soulignant que ce travail est fait à longueur de journée par ces femmes et pas du tout reconnu : « elles travaillent de jour comme de nuit, la dernière à se coucher et quand tu lui demandes, qu’est-ce –que tu fais ? Elle dit je ne fais rien. Parce-que pour elle se n’est rien, alors  que c’est tout, c’est tout ce poids qui est là et qui l’empêche de s’épanouir, qui l’empêche d’aller de l’avant, et qui peut être une source de beaucoup de maladies qu’elle traîne».

 Mère de quatre, Halima est journaliste en langue au groupe de presse Tambara, malgré la complexité de son métier elle s’acquitte des différentes tâches ménagères de son foyer. Elle raconte son quotidien. « Je suis journaliste et aussi mère de quatre garçons, je travaille à la radio télévision Tambara depuis neuf ans. Je fais des émissions sur la femme,donne l’information en langue haoussa. Le réveil se fait avant la prière de l’aube, après la prière je prépare le petit déjeuner et le déjeuner avant de me rendre à mon lieu de travail à 8h30. A la descente du boulot  à 19h je reprends les travaux de la maison là où je me suis arrêtée et prépare le dîner. Après j’aide mes enfants à étudier, je discute aussi avec mon mari pour savoir comment s’est passé sa journée et vers 23h je me couche pour me réveiller tôt le lendemain ». 

Mme Ousmane Oumalhair, avec une Licence en sociologie, sans emploi ni activité génératrice de revenus, s’occupe exclusivement des tâches ménagères de son foyer. Son témoignage est assez révélateur de tout ce que les femmes comme elle endurent au quotidien.

A côté  de ces femmes, la question des travaux domestique concerne plus encore les femmes rurales, Mariama Moussa, présidente de SOS FEVVF, affirme que : « selon une enquête diligentée par l’ONG, y a dix de cela, certaines femmes ont confié que lorsqu’elles se réveillent à 05 ou 06 h, c’est pour se coucher à 00 ou 01 h du matin. Tout ce travail n’est pas comptabilisé ni reconnu aux yeux de certains maris, qui pensent que c’est uniquement le devoir de la femme, et qui exercent de la violence verbale et psychologique à l’égard de la femme ».

Il est donc urgent de sensibiliser les femmes, insistent ces acteurs et de pousser les législateurs à prendre des dispositions pour vulgariser et mettre en application les textes afin d’ avoir une meilleure reconnaissance et prise en compte des heures de temps du travail domestique.

Il bon de savoir que pour prévenir et répondre aux violences basées sur le genre, le gouvernement nigérien a élaboré, suite à une étude commanditée en 2015 par l’état avec l’appui de l’UNFPA, une stratégie nationale de prévention et de réponses aux violences basées sur le genre avec un  plan d’action quinquennal 2017- 2021. Cette nouvelle stratégie qui prendra en compte certains paramètres issus de l’évaluation de la première stratégie nationale est en cours de révision.

Le Niger dispose également au niveau ministère de la promotion de la femme et protection de l’enfant d’une stratégie d’autonomisation économique de la femme et un plan d’action. Cette stratégie prend en compte l’allègement des tâches aux femmes afin qu’elles puissent capitaliser leur temps de travail, leur permettant ainsi d’aller vers des activités génératrices de revenus, d’adhérer à des associations et de  pouvoir travailler pour leur pays.

Toute fois on note que le Niger n’a toujours pas ratifié la convention (n° 190) sur la violence et le harcèlement et la recommandation (n° 206) qui l’accompagne, adopté par la Conférence Internationale du Travail, lors du centenaire de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Mariama Korka                     

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