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Éducation des enfants Handicapés au Niger: Expérience de l’ONG Murna Yara en matière de l’éducation inclusive au profit des enfants handicapés.

jeunes filles,ONG Murna Yara

L’Organisation non gouvernementale (ONG) Murna Yara œuvre depuis quelques années dans le domaine de l’éducation au Niger. Son centre d’intérêt reste l’éducation inclusive qui consiste à intégrer les enfants handicapés dans les écoles ordinaires. Une vision pour la parité et la socialisation avec les enfants non handicapés !

Sa création par un groupe de bonnes volontés, en majorité des personnes handicapées, est partie du constat que la majorité des élèves handicapés finissent par abandonner l’école pour retourner à la mendicité au vu de leurs conditions de vie précaires. Depuis lors, cette ONG s’attelle, avec ses partenaires comme le Fonds pour l’Enfance (UNICEF) et l’Ambassade de France, à sensibiliser, les autorités administratives, coutumières, les leaders communautaires, les comités de gestion décentralisés des établissements scolaires (CGDES), les parents d’élèves et élèves, dans le cadre de la mise en œuvre de ses projets dans le domaine de l’éducation.
Au Niger, sur 34.975 enfants handicapés qui ont l’âge d’être scolarisés au Niger, seuls 671 vont à l’école, selon les données publiées en novembre 2014 par la stratégie nationale de l’éducation des enfants handicapés, révèle l’ONG Murna Yara.

« Nous organisons aussi des activités ludo-récréatives qui permettent aux enfants handicapés de compétir avec des enfants non handicapés et de gagner des prix. Ce brassage permet aux enfants non handicapés de comprendre ou reconnaître les talents des enfants handicapés mais aussi fortifie leurs relations », explique Mahamadou Oumarou, coordonnateur de l’ONG Murna Yara.
Dans le paquet d’activités de l’ONG, il cite entre autres l’identification des enfants handicapés pour les inscrire à l’école, la formation des enseignants dans le cadre de la mise en œuvre de ses projets. «…parfois on renforce la capacité des enseignants en modules en braille, modules en langue de signe sur une dizaine ou une quinzaine de jours », décrit-il.

Murna Yara fait en outre, avec ses partenaires comme l’ONG Humanité et Inclusion, la mise en accessibilité. « Il n’y a pas très longtemps, nous avons formé des ingénieurs en BGTP. Nous les avons formés sur la question de l’accessibilité et là nous avons mis en pratique cette formation en identifiant cinq écoles dans la ville de Niamey », ajoute Mahamadou Oumarou. « On a fait des rampes pour permettre aux enfants handicapés moteurs d’accéder facilement à ces classes et on a même rabaissé le tableau, qui était à une hauteur de plus de 80 ou 90 centimètres, à 30 ou 65 centimètres pour que même les enfants qui sont en fauteuils roulants arrivent à y écrire », précise-t-il.

Dans le cadre de l’éducation inclusive, il reconnaît l’insuffisance du matériel mais voit toutefois la possibilité de créer beaucoup d’écoles inclusives. «…parfois nous sommes limités par le manque de matériel didactique tel que les tablettes, les ponçons, les machines Perkin et même les imprimantes brailles », déplore Mahamadou Oumarou. Il rassure que l’ONG Murna Yara est en train de travailler avec la Fédération nigérienne des personnes handicapées (FNPH) et l’UNICEF pour voir comment commander un maximum de matériel qu’on peut mettre à la disposition de ces élèves et enseignants. Selon lui, les enseignants ont certainement besoin, à chaque fois, de renforcement de capacités parce que la question de braille ou de langue de signe, c’est quelque chose qui est dynamique. « Si tu ne révises pas, ce n’est pas facile. C’est pourquoi, vu la question de mobilité des enseignants, à chaque fois, nous revenons encore sur les questions de formation des enseignants », déclare-t-il.
Si Murna Yara a formé beaucoup d’enseignants, elle n’écarte pas la question de mobilité des enseignants indépendante de leur volonté. Et «lorsque l’enseignant (e) veut qu’on l’affecte pour raison de suivre sa femme ou son mari ou bien pour raison personnelle, on ne peut pas empêcher à la personne d’être affectée. C’est pourquoi, chaque fois, il faut renouveler les formations », indique-t-il.
La question de l’éducation inclusive, un concept qui redonne de l’espoir
Pour Mahamadou Oumarou, la question de l’éducation inclusive est un concept formidable. « …l’éducation inclusive va faire en sorte que l’école soit rapprochée d’un maximum d’enfants puisqu’il s’agit de préparer les écoles ordinaires afin que les enfants handicapés y aillent, l’école ordinaire la plus proche de soi parce qu’avec l’éducation spécialisée, c’est difficile de mettre en place les écoles spécialisées partout », justifie-t-il. « Les enfants sont obligés de quitter leurs localités pour venir dans les grandes villes pour bénéficier d’une éducation alors que l’éducation inclusive va faire en sorte que les enfants handicapés soient plus proche de l’école », ajoute-t-il.
Le coordonnateur de l’ONG Murna Yara de préciser que le fait de les amener dans les écoles ordinaires va non seulement permettre de favoriser leur socialisation mais aussi leur insertion. « Aujourd’hui, presque tous les enfants qui sont dans les écoles spécialisées, une fois grand, ils auront le complexe à se socialiser avec les enfants ou avec les personnes non handicapées », estime Mahamadou Oumarou. «  On veut casser ça avec la question de l’éducation inclusive », martèle-t-il.
Selon lui, l’effectivité va venir de manière progressive parce que tous les efforts qu’ils sont en train de faire, c’est aussi de sensibiliser le gouvernement du Niger pour qu’il prenne cette question-là à bras le corps. « Il faut que le gouvernement nigérien mette du budget. Il va falloir élaborer une politique d’éducation inclusive qu’il n’y en a pas pour le moment », suggère-t-il.
L’ONG Murna Yara a participé à la révision de la Loi d’orientation du système éducatif nigérien (LOSEN), à travers la Fédération nigérienne des personnes handicapées (FNPH), rappelle son coordonnateur qui formule l’espoir que, quand cette nouvelle loi va être adoptée, le gouvernement va véritablement s’engager dans la question de l’éducation inclusive en ce sens qu’il va faire des investissements et tenir compte des questions de la formation, la mise en accessibilité des infrastructures, la dotation de matériel didactique. « Tout ça, le gouvernement va attacher du prix pour que ça avance », arbore-t-il.

Le gouvernement a commencé à prendre en charge la question de l’éducation inclusive. Dans le cadre de cette avancée, Mahamadou Oumarou cite, à titre illustratif, le Plan de transition du secteur de l’éducation et de la formation (PTSEF), le Plan sectoriel de l’éducation et de la formation (PSEF) 2014-2024, donc écourté en 2022 pour faire le PTSEF. « Il y a des aspects de l’éducation inclusive qui sont ressortis dans le PTSEF », reconnait-il. Il reste optimiste que, quand le gouvernement va adopter une politique de l’éducation et de la formation, il fera en sorte qu’elle soit une politique d’éducation inclusive. C’est déjà une priorité contenue dans la loi de protection sociale et dans celle de 2019-62 du 10 décembre 2019 déterminant les principes fondamentaux d’insertion des personnes handicapées, se réjouit-il.
L’ONG Murna Yara intervient dans les régions de Dosso, Tillabéri, Tahoua, Maradi, Niamey et Zinder où elle mène beaucoup d’activités au profit des enfants handicapés particulièrement dans les domaines de l’Éducation, la santé réadaptation, la formation professionnelle, l’action humanitaire et les droits humains.

Abdou Mamane et KMK

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